Portrait de composteur #1

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Un petit pas pour les Tremblay...

C’est un samedi matin comme les autres, il est à peine 7h30.

Quelques rayons timides illuminent la pièce, sans pour autant la réchauffer. Un froid hivernal s’abat sur chaque recoin de la maison et c’est emmitouflée que Sylvie, assise seule café en mains, s’attelle déjà à trier plusieurs dossiers. Quant à son mari, Yvan, ce ne sont que ses outils dans l’atelier qui trahissent sa présence dans la résidence familiale. Un calme plane autour d’eux, mais ce n’est qu’une question de temps avant que leurs enfants, devenus grands, ne viennent troubler leur routine.

Détrompez-vous, Sylvie et Yvan adorent recevoir leurs quatre enfants. Qui plus est, lorsque deux d’entre eux fêtent leur 24e et 26e anniversaire à quelques jours à peine d’intervalle. Ce soir, c’est soir de fête et les deux parents appréhendent ces festivités avec plus d’enthousiasme que leurs propres enfants le jour de Noël. Malgré leurs deux horaires présidentiels, Sylvie et Yvan, chasseurs de temps professionnels, ont préparé pour leurs enfants un véritable festin. Ils les attendent avec plus d’impatience qu’un retardataire dans le trafic montréalais du lundi matin.

Vers 18h, les enfants font leur arrivée et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ils font de leur maison un endroit où il fait bon vivre. L’apéro se fait autour de l’îlot de cuisine et chaque enfant se prépare à recevoir un interrogatoire digne du devoir parental. L’un après l’autre, ils répondent aux questions de leurs parents, qui s’efforcent de déguiser habilement leurs inquiétudes parentales en curiosité inoffensive. Suit un repas simple, mais rempli d’amour, convivial, mais débordant de saveurs. Un souper de famille n’en serait pas un sans quelques moments émouvants et quelques accrochages politiques. Arrivée au dessert, les enfants couvrent leurs parents de remerciements. Les jubilés soufflent leurs bougies avec plus d’ardeur que le vent qui tente de se faire un chemin à travers les murs de la maison. Ensemble, ils réchauffent la pièce dans laquelle ils se trouvent. Hydro peut aller se rhabiller, rien comme du bon vin et plus de rires qu’il n’y a de gorges pour les déployer!

Il s’agit là, enfin, d’un souper assez banal. Un souper d’anniversaire sans flafla. Par contre, ce que cette famille ne vante pas, c’est qu’à six, ils font une énorme différence pour la planète.

Quand Sylvie a terminé son déjeuner, ce matin, elle n’a pas jeté ses pépins de cerises aux poubelles. Lorsqu’elle et son mari ont mis la main à la pâte, ils ont recueillis écailles d’œufs, pelures de légumes et farine versée en trop. Au moment où le plus jeune, Liam, a eu besoin d’un mouchoir, Yvan lui a gentiment rappelé de ne pas le jeter aux ordures. À la fin du souper, Liliana, l’aînée, a vidé les assiettes de leur contenu dans un bac différent de celui des déchets.

Dans cette famille somme toute ordinaire, vous comprendrez que le composte est devenue une habitude comme les autres. Depuis maintenant cinq ans, chacun fait sa part. Aussi simple que cela.

Parce que composter, ça n’est vraiment qu’une question d’habitude. Malgré leurs horaires chargés, il n’a suffi que d’un petit changement pour engendrer la plus grande des différences.

Composter, ce n’est pas que l’affaire de « militants granos » qui escaladent des ponts pendant l’heure de pointe. Yvan et Sylvie ont tous les deux le vertige de toute façon.

Composter, ce n’est pas une habitude prise que par ceux et celles qui changent de régime alimentaire en une nuit, qui font pousser leurs légumes et élèvent leur propre chèvre à la maison. De toute évidence, Yvan manque de temps pour s’occuper d’un simple chat.

Composter, ce n’est pas réservé aux personnes qui s’habillent de jute et de sandales faites maison avec des restants de boîtes de plastique. Il arrive à Sylvie d’apprécier une nouvelle paire de souliers.

Composter, c’est l’affaire de tous et celles qui ont envie de faire une différence sans pour autant revoir chacune de leurs habitudes de vie. Faire une différence, c’est un petit pas à faire dans la bonne direction et ce que cette famille a compris, c’est que ce n’est pas plus compliqué que d’apprendre à marcher. Certes, les premiers pas peuvent s’avérer un peu plus complexes, mais personne ne vous a demandé d’apprendre à courir en un clin d’œil. Il ne vous suffit que d’essayer pour vous rendre compte que ce n’est qu’une question d’un peu de temps avant que la chose ne vous semble plus simple que de chanter « bonne fête! ».

Ces articles ne périront jamais.